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À la mémoire des journalistes tués. Protéger les journalistes menacés

La Journée à la mémoire des journalistes tués offre une occasion de réfléchir sur ces arguments. Ossigeno propose une vaste confrontation publique sur les choix à faire

Il est évident que les nouvelles et la profession journalistique ont une grande valeur et représentent un intérêt public. Cependant, la loi italienne ne le reconnaît pas comme il serait nécessaire.

De plus, l’Italie ne réfléchit pas assez sur les risques auxquels les journalistes sont exposés. En outre, elle ne traite pas les problèmes dramatiques concernant la profession journalistique. Cela va sans dire qu’en menaçant les journalistes, on attaque directement un intérêt public. La Journée à la mémoire des journalistes tués offre une occasion de réfléchir sur ces arguments.

Cet événement, organisé par les Nations Unies et célébré chaque année en Italie grâce à l’UNCI (Unione nazionale dei cronisti italiani, syndicat des chroniqueurs, NDLR), a le but de rafraîchir la mémoire des nombreux journalistes qui ont perdu leur vie. Ils sont morts parce ils ont rapporté des faits que les citoyens ont le droit de savoir, avec courage et honneur, dans l’intérêt du public. Cela est indispensable pour participer consciemment à la vie publique.

Cette célébration n’est pas une simple commémoration. Elle sert à faire le point et à vérifier les raisons pour lesquelles il existe un si grand problème. De nombreux cas de journalistes courageux, morts à cause de leur travail, attendent une solution. En d’autres termes, cette cérémonie est l’occasion pour discuter au sujet une solution. Il faut trouver un moyen pour protéger efficacement les journalistes contre les risques prévisibles que leur profession implique.

LES RISQUES – Évidemment, les journalistes qui rapportent des faits déjà dévoilés ne risquent rien. Par contre, ceux qui dévoilent des faits délicats, concernant le pouvoir ou des comportements criminels sont souvent menacés, intimidés, poursuivis ou accusés de diffamation de manière instrumentale. Ces risques sont réels et évidents. Pourtant, les gens pensent qu’il est nécessaire de protéger seulement les reporteurs qui vont dans des zones de guerre. Cela n’est pas vrai, car la plupart des personnes dont nous nous rappelons aujourd’hui sont des journalistes qui sont morts dans un pays pacifique comme l’Italie. Il faut donc une protection plus sévère pour tous ceux qui rapportent les affaires de la mafia ou de la criminalité organisée, des intrigues impliquant des politiciens ou des hommes d’affaires, des histoires de terrorisme ou de corruption, des scandales ou des comportements peu transparent des administrateurs publics. Il est clair que dévoiler ces informations est extrêmement dangereux. Celui qui le fait touche directement aux intérêts spécifiques et suscite de vives réactions. De nos jours, il y a des milliers de journalistes qui font l’objet de menaces et de représailles. Ceux-ci subissent en silence les conséquences de leur travail.

Depuis sept ans, Ossigeno per l’Informazione rapporte les intimidations et les abus qui se sont produits en Italie. Il raconte les épisodes et publie les noms des victimes. La liste, bien qu’incomplète, est très longue. Elle comprend plus de 2300 noms. Elle est disponible sur le site Web de Ossigeno accompagnée l’histoire de chaque victime. Il a été très difficile de recueillir cette documentation, mais à travers ces données on a pu faire émerger ce problème. La documentation de Ossigeno a été utilisée par la Commission parlementaire italienne Anti-mafia au cours de deux législatures (2012 et 2014). De plus, le Parlement italien a utilisé ces données dans deux enquêtes parlementaires qui ont étudié ce phénomène. À présent, nos données sont connues et appréciées par les organisations internationales qui défendent la liberté d’expression, de parole et de presse. Freedom House et Reporters sans Frontière les ont utilisées pour approfondir ce problème et élaborer leurs rapports annuels.

Par conséquent, cette vaste documentation en Italie nous permet de demander une loi moins punitive pour ceux qui fournissent des informations dans l’intérêt du public. Il faudrait aussi rendre plus sûres les conditions de travail pour ceux qui exercent la profession. C’est ainsi qu’il est indispensable en Italie de parler de protection des journalistes. Mais il est nécessaire de bien encadrer la question.

Depuis 1960, vingt-huit journalistes italiens ont été tués alors qu’ils étaient engagés dans leur travail sur des affaires de la mafia, sur le terrorisme et sur des vérités inconfortables passés sous silence absolu.

Parmi ces 28 journalistes, onze ont été tués en Italie, 17 sont morts pendant le déroulement de leur travail à l’étranger. Dans le « Libro della Memoria » publié en 2008 par l’Union national des chroniqueurs italiens (téléchargeable gratuitement sur ce lien ***QUI INSERISCI IL LINK GIUSTO), l’histoire de chacun de ces journalistes (Lire leurs noms LINK) est racontée. On n’y trouve aussi les récits de ceux qui ont été agressés ou qui ont subi des blessures à la suite de leur travail pendant les années du terrorisme. Chacun de ces journalistes étaient à la recherche d’événements importants, tandis que bien des gens voulaient les réduire au silence. Ils étaient en train de rapporter des faits importants au public à travers des images et des paroles.

Ces journalistes ont effectué leurs activités d’information dans l’intérêt du public. Ils l’ont fait, en sachant que cela était dangereux. Chacun d’eux a accepté le risque d’observer directement et de près les faits. Ce n’est rien de nouveau, mais c’est tout simplement ce que chaque chroniqueur devrait faire. C’est la profession journalistique qui l’exige pour permettre aux citoyens aussi bien de participer consciemment à la vie publique que d’exercer leurs droits. Sachant ce qui se passe les citoyens pourront faire leurs choix.

UN PROBLÈME ACTUEL – Même en 2015, les journalistes courent des risques élevés liés à la récolte et la diffusion d’informations sensibles. Depuis le 1° janvier 2015, 155 personnes ont été ajoutées à la liste des journalistes menacés. En Italie, en raison de leur travail, de nombreux autres journalistes subissant des intimidations, des menaces, des représailles, des abus n’ont pas la force de dénoncer et de rendre public leurs histoires. Beaucoup d’entre eux doivent se prémunir contre les poursuites fausses et spécieuses déposées par des personnes qui veulent juste les intimider. Il s’agit de gens qui veulent étouffer des nouvelles d’intérêt public en utilisant une loi punitive pour les journalistes.

Ces procédures imposent des coûts juridiques au-delà de la portée de beaucoup de chroniqueurs. En Italie, il y a aussi des journalistes qui vivent sous escorte policière car ils ont été menacés de mort. On parle d’au moins quinze journalistes.
Ossigeno per l’Informatione suit et raconte l’histoire de tous les journalistes qui font l’objet de menaces et d’abus. L’Observatoire fait son travail dans la conviction que la visibilité de ces histoires puisse aider ceux qui subissent les abus. Le but est celui de rendre public ce problème, car il affaiblit notre démocratie. Ossigeno aide ces journalistes, favorise la solidarité entre eux. Cependant la solidarité est faible et souvent n’interrompt pas l’isolement de ceux qui subissent des menaces et des abus.

UN PHÉNOMÈNE NÉGLIGÉ – Depuis des années, Ossigeno n’analyse pas seulement les causes des menaces, mais propose des mesures de protection pour les journalistes les plus vulnérables. Certaines de ces propositions pourraient être adoptées à travers un petit effort par les institutions, par la politique, par les législateurs, par les rédactions des journaux et par les éditeurs. Cela serait possible s’il y avait plus d’attention à l’égard de cette question. Malheureusement, même si la liste des choses à faire est simple, personne n’a adopté les mesures ci-dessus énumérées au cours des dernières années.

La plupart ignorent le problème. C’est ainsi que l’idée de prévenir les risques ne gagne pas de terrain. Cependant, les intimidations augmentent. De nombreux journalistes continuent de subir en silence et dans la solitude les intimidations et les représailles. Beaucoup de journalistes vivent des moments délicats, face à un risque qui est prévisible ils doivent décider s’ils veulent continuer dans leur travail ou se censurer. En fait, certaines fois, la censure semble la seule solution pour se protéger des risques. Cela va sans dire qu’un journaliste qui se censure lui même est un contresens.
Il s’agit de choix dramatiques qui se reflètent sur les informations, les rendant incomplètes. Mais pourquoi ne parle-t-on pas publiquement de ces choses ? Un tabou l’empêche ! Il faut briser ce mur de silence. Devant le problème concret de prévenir un risque impérieux, tout le monde se défend comme il peut, certains font de bons choix, certains de mauvais compromis, mais toujours dans l’indifférence générale. Les directeurs des journaux et les éditeurs inventent chaque fois, des règles à suivre quand l’un de leurs journalistes est menacé. Il n’est pas sage de renvoyer encore ces discussions.

QUOI FAIRE – En 2012 et en 2014, Ossigeno a fait une série de propositions  à la Commission parlementaire italienne Anti-mafia. Maintenant, à Florence, à l’occasion de la célébration de la Journée de la Mémoire des journalistes tués, Ossigeno propose de développer une vaste confrontation publique sur les choix à faire, sur les mesures de protection les plus appropriées à prendre. Nous proposons ainsi que les résultats de ces études soient vérifiés en 2016, à l’occasion de la neuvième édition de la Journée de la Mémoire. C’est notre façon de rendre une importance adéquate à cette récurrence, sans qu’elle ne reste une pure formalité.

ASP-COT

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